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 Emrys ▬ « You can run but you can't hide »

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Emrys Clydwyn





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●● Métier: Intermittent de basses oeuvres
●● Âge du personnage : Vingt ans
●● Relationships :
MessageSujet: Emrys ▬ « You can run but you can't hide »   Dim 28 Sep - 12:40




∆ ∆ CLYDWYN Emrys
feat. Allen Walker ▬ D. Gray Man

●● SURNOM : Aucun.
●● ÂGE : Vingt ans.
●● SEXE : Masculin.
●● SEXUALITÉ : Bi.
●● GROUPE: Enfants des Cieux.
●● MÉTIER : Intermittent de basses œuvres.




∆ Once upon a time


K A P I T E L ▬ I

Entre les murs d'une ruelle aux allures déplorables, un homme s'avance de sa démarche nonchalante. Sa respiration fait chauffer la braise qu'il tient au bout de sa bouche alors qu'il fait une pause pour contempler un deux-roues garé à proximité d'une bâtisse aussi miteuse qu'étroite, un véhicule qu'il ne connait que trop bien.

▬ Tss, toujours en avance à ce que je vois.

L'insigne posté au-dessus de la porte peine à illuminer ses néons depuis longtemps usés. Décidément ce bar se faisait de plus en plus vieux à chaque seconde. Franchissant le pas de la porte, il découvre sans surprise qu'aujourd'hui encore, il ne compte qu'un unique client -ou plutôt une cliente-, hormis lui-même.

▬ Tu es en retard, lâche la femme déjà attablée au comptoir en lui jetant un regard par-dessus son épaule, tu as perdu ta montre ?
▬ Non, mais je crois que la tienne a quelques dysfonctionnements, tu devrais t'en acheter une autre.
▬ Pfft, dixit celui qui garde une montre qui n'indique même pas l'heure, rit-elle.
▬ Elle ne marche peut-être pas, mais elle compte beaucoup pour moi.
▬ Bon et sinon, de quoi voulais-tu me parler ?

Il prend place aux côtés de la jeune femme et fouille les poches de son manteau, tandis qu'elle lui vole sa cigarette pour en prendre une bouffée.

▬ De rien, lui adresse-t-il d'un air peu complaisant.

Mais des lèvres de sa camarade ne sort qu'un rire malicieux alors qu'elle s'en délecte à nouveau.

▬ L'autre jour tu m'as dit que tu pouvais retrouver n'importe qui, n'est-ce pas ?
▬ Hmhm, marmonne-t-elle en hochant la tête, c'est exact. Je ne suis pas détective ou quoi, mais la traque ça me connaît, crois-moi, achève-t-elle, un sourire toujours pendu aux lèvres.
▬ Alors j'aimerais que tu m'aides à le retrouver, dit-il en glissant sous ses yeux une photo.

A peine a-t-elle posé les yeux dessus qu'elle ne peut s'empêcher d'éclater de rire, manquant de s'étouffer avec la fumée inhalée plus tôt.

▬ Si c'est une blague elle est vraiment très drôle, je croyais pas ça de toi !
▬ Eri, je suis très sérieux.
▬ Et alors quoi ? Je croyais que c'était l'amour fou entre vous deux, qu'est-ce que tu lui as fait pour en arriver là ? Enfin... Tant qu'on y est, tu ne m'as jamais vraiment parlé de ton petit protégé. Je veux bien t'aider à le retrouver, à la seule condition que tu parles, outre les détails évidents bien sûr. J'aimerais connaître un peu son passé, peut-être même ses habitudes, tout ce que tu sais à son propos pour faire simple. Je suis très curieuse.

Légèrement réticent à l'idée de se plier à une telle contrainte, l'homme soupire longuement, avant que sa camarade ne se penche vers lui.

▬ C'est à prendre ou à laisser mon cher Gin, susurre-t-elle.

K A P I T E L ▬ II

Ça n'avait jamais été qu'un simple voyage à l'étranger. Un simple voyage d'affaire, tout ce qu'il y avait de plus banal. Du moins, c'était là ce que les apparences se plaisaient à faire croire, dressant un voile illusoire pour cacher une vérité trop immonde pour être dévoilée au grand public. « Trois jours. C'est le temps que t'as pour ramener la marchandise. Et t'avises pas d'être en retard. » lui avait-on dit.

Arrivé à destination, au beau milieu de quartiers malfamés, Gin se mit en tête de retrouver son collègue d'un jour au point de rendez-vous qu'on lui avait explicitement indiqué. Oh comme il aurait aimé qu'une toute autre tâche lui soit confiée. Ce n'est qu'en arrivant au point de rencontre qu'il se rendit compte de la véritable nature de cette si précieuse marchandise.

▬ Tu te fous de moi, c'est ça ?
▬ Eh bah quoi ?
▬ Ce sont que des gosses, bordel.
▬ C'est un boulot comme un autre, dit-il en haussant les épaules.
▬ Tu vas pas me dire que t'es d'accord avec ça ?!
▬ Ecoute, t'as vu la gueule du quartier ? Tout le monde prend cher ici, y a pas d'exception. Et dans ta propre condition je crois pas que tu sois en mesure de faire le difficile avec les jobs qu'on te file bien gentiment. Alors soit tu obtempères et tu fais ce qu'on te dit, soit tu dégages. Pas sûr que le patron apprécie, et alors là je donne pas cher de ta peau mon gars.

A ces mots, Gin se terra dans son silence. Une vie honnête, c'était là tout ce qu'il demandait. Mais la déchéance qui l'avait sorti de son petit confort l'entraînait toujours plus à chaque besogne qu'on daignait lui offrir. Et le pire dans tout cela, c'était que ces requêtes occasionnelles n'étaient autre que son unique gagne-pain.

Se résignant à contre-cœur toutefois, Gin reprit la route vers Kodoku avec les quelques enfants que l'on lui avait confiés. Parmi eux, un jeune garçon attira son attention. Depuis le début n'avait-il eut de cesse de se tenir l'épaule gauche, était-il blessé ? Faisant halte, Gin se pencha légèrement sur ses genoux de façon à se mettre à sa hauteur, avant de lui demander calmement :

▬ Qu'est-ce que tu as mon grand ? C'est une blessure que tu tentes de cacher ? Tu veux bien me laisser voir ? Si ça se trouve c'est peut-être pas bien grave, tente-t-il de le rassurer tout en essayant d'écarter la main du garçon qui ne semble pourtant pas décidé à le laisser faire.

Gin lui adressa un regard interrogateur.

▬ Je ne veux pas te faire de mal tu sais, je veux juste examiner ta plaie, je pourrai peut-être faire quelque chose pour toi.

Nouvelle tentative. Nouveau rejet qui se solda tout de même par une victoire pour le jeune homme qui ne put cacher sa stupéfaction.

▬ Putain de merde... lâcha-t-il en constatant que ce garçon avait en réalité bien plus qu'une plaie anodine à dissimuler.

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A mesure que Gin progresse dans son histoire, Eri continue de brûler sa cigarette et ne peut s'empêcher de plisser légèrement les yeux lorsqu'il évoque ce dernier moment.

▬ Un Enfant des Cieux... Alors ça par exemple, dit-elle en tentant d'effacer un léger sourire en coin.

Il hoche la tête lentement et s'accorde un moment avant de s'allumer une nouvelle taffe, sa camarade s'étant visiblement mise en tête de garder la première pour elle.

▬ Mais l'ennuis c'est qu'il était déjà trop tard. Nous étions déjà arrivés à Kodoku lorsque j'ai finalement découvert ça. Mes employeurs n'avaient pas jugé bon de me laisser quelques minutes supplémentaires avant d'emmener les enfants, je n'ai rien pu faire.

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▬ A-Attends ! Qu'est-ce que tu compte faire au juste ?
▬ Ça te regarde pas.
▬ J'ai remplis ma part du contrat, Giro. Je demande juste de poursuivre avec un boulot supplémentaire, ment-il.

L'homme lui jeta un regard par-dessus son épaule, l'air peu convaincu. Une telle attention à un pareil moment sentait indubitablement mauvais. Surtout de la part de cet énergumène d'ordinaire réputé pour partir sans demander son reste après le sale boulot. Tout en s'interrogeant sur les motivations de son employé du jour, il porta son attention sur l'enfant dont il tenait fermement le poignet. Ce ne fut qu'une question de secondes avant qu'il ne se rende compte de la supercherie.

▬ Tu veux un autre boulot, c'est ça ? demande-t-il après s'être avancé.
▬ Je veux vous assister dans vos prochaines activités.

L'homme hochait lentement la tête, l'air de réfléchir à une éventuelle conclusion face à une telle requête, quand le coup partit soudainement. Un poing qui acheva de mettre Gin, qui n'avait lui-même rien vu venir, à terre.

▬ Essaie pas de m'entuber, connard. Je sais très bien ce qu'est ce gosse et tu poseras pas tes sales pattes dessus. C'est tout ce que t'auras pour aujourd'hui, dit-il en lui lançant une liasse de billets ridiculement fine. Maintenant je te conseille vivement de dégager le plancher si tu tiens à ta misérable vie.

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▬ Mon pauvre Gin, tu aurais dû te douter que ton petit plan foireux ne marcherait pas. Tu es un si mauvais menteur, avoue Eri tout en riant.
▬ Sympa, merci. Comme d'habitude, madame a toujours les bons mots.

Et elle rit de plus belle, encore. Elle ne s'arrête jamais cette femme.

▬ Toujours est-il que je l'ai retrouvé quelques années plus tard. Il avait très bien grandit. Et étonnamment, le peu de souvenirs qu'il avait de moi, contrairement à ce à quoi je m'attendais, il les avait gardés, il ne m'avait pas oublié. Malheureusement il n'avait nulle part où aller, alors je l'ai repris sous mon aile. Je m'étais toujours demandé comment il avait vécu jusqu'ici et puis un fameux jour, il s'est enfin ouvert à moi pour se confesser.

K A P I T E L ▬ III

Cela faisait maintenant de longues heures que le soleil avait cédé place à son astre voisine. Laquelle avait dressé un voile ténébreux au-dessus de la ville, un voile si épais que pas une seule étoile n'osait percer à travers. L'atmosphère froide et humide secondée d'un silence aussi lourd que pesant rendaient le calvaire de ce pauvre Gin d'autant plus invivable.

Emrys s'efforça de le soutenir d'une épaule, grimpant les marches d'escalier une à une avant d'atteindre une étroite pièce dans ce bâtiment délabré. Installant son compagnon d'infortune aussi confortablement que possible, se servant de sa propre veste afin d'en faire un oreiller sur mesure, il examina sa blessure, soulagé de constater que la balle ne l'avait pas profondément atteint.

▬ Autant te dire que ça va faire mal, mais je dois me dépêcher et l'extraire au plus vite.
▬ Emrys... Je suis désolé, articule-t-il difficilement à travers la douleur.
▬ Désolé pour quoi ? interroge-t-il tout en se penchant sur la plaie après avoir allumé une bougie, leur unique source de lumière.
▬ C'est pas... C'est pas vraiment le genre de vie que tu voulais... Je me trompe ? T'obliger à me suivre, avec quasiment pas un rond en poche. T'obliger à sombrer... Je t'entraîne dans ma chute. Toutes ces emmerdes. C'est de ma faute. Tu devrais pas avoir à vivre comme ça. A ton âge... A ton âge, tu devrais aller en cours, te faire des amis et profiter de ce que le monde peut... Offrir. C'est de ma faute. Je suis désolé.

Emrys demeura silencieux avant de finalement répliquer :

▬ Tu parles trop. Tiens-toi tranquille.

Les minutes se prolongèrent. La balle extraite et les soins enfin prodigués, Gin avait finalement droit à son petit moment de répit. Adossé contre le mur à ses côtés, Emrys semblait perdu dans ses pensées. En l'observant de plus près, l'homme remarqua le sang qui s'écoulait le long de son visage.

▬ Emrys, et tes blessures ?

Ce dernier effleura sa tempe de ses doigts et contempla ce liquide rouge écarlate avec indifférence, avant de redresser la tête en direction de son camarade.

▬ C'est pas bien grave, t'en fais pas, affirma-t-il en affichant un léger sourire.

Un sourire qui soulagea grandement son mentor -car oui, depuis leurs retrouvailles, Gin mettait un point d'honneur à enseigner tout ce qu'il savait à son protégé. Certains sujets intellectuels, en passant par quelques règles de survie ainsi que les rudiments du combat dans l'unique perspective d'une défense légitime. Car personne n'était à l'abri des mauvaises rencontres, la preuve en était aujourd'hui.

Un règlement de compte entre gangs. Telle était la cause de leur état déplorable, désormais contraints et forcés de trouver refuge à l'intérieur d'une bâtisse qui semblait être sur le point de s'effondrer à tout moment. Ils ne pouvaient guère se permettre de sortir, pas maintenant. Cette frénésie aussi noire qu'aveuglée par la haine rôdait toujours à l'extérieur de ces murs, en quête d'une proie prête à subir son courroux.

▬ Ils ont pas pu aller bien loin, retrouvez-les !

Proches. Oui, ils étaient tout proches. Emrys éteignit la flamme de la bougie, par pure précaution, histoire de ne pas dévoiler leur position avant de se surprendre à repenser au discours que Gin lui avait servi plus tôt.

▬ Tu as tort, Gin.
▬ Huh, comment ça ?
▬ Tu as tort. Même si c'était tout à fait involontaire, tu m'as permis de rencontrer ma mère, alors même que j'ignorais son existence, dit-il avant de marquer une pause. Ce jour-là, quand tu as maladroitement tenté de me sauver, cet homme m'a emmené avec lui. Sur le chemin une femme s'est avancée, sortant tout droit d'un bâtiment plutôt imposant. Je m'en souviens comme si c'était hier.

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▬ Bien le bonjour à vous, Professeur Clydwyn.
▬ Tiens donc, quel bon vent vous amène ici ?
▬ J'étais sur le point de confier ce jeunot à l'un de vos collègues mais puisque vous êtes là, ça vous dérangerait de vous charger de son cas ? Je suis sûr que vous et vos compères Érudits serez ravis de cette trouvaille.
▬ Bien sûr, ce sera avec plaisir, dit-elle avant de se figer soudainement, tentant tant bien que mal de cacher sa stupéfaction.

Malgré toutes ses études qu'elle avait elle-même menées, toutes ses expériences vouées à percer le secret de ce Fragment qui constituait l'essence-même des Enfants des Cieux et la déchéance des Réprouvés, elle ne pouvait se résoudre à réserver le même sort à cet enfant qui se tenait juste devant elle. Pour la simple raison qu'il s'agissait de son fils. De son fils qu'elle avait longtemps cru disparu si ce n'est mort, vilement arraché à sa propre famille, car enlevé par des criminels qu'elle n'avait jamais retrouvés. Ou bien était-ce là le fruit d'un mensonge éhonté que lui avait servi son mari ? Une excuse afin de se débarrasser de ce fils maudit par cette marque de naissance qui traversait sa clavicule gauche ? Jamais elle n'aurait la réponse à cette question. Il y a longtemps que cet homme avait disparu de sa vie, la quittant au jour le jour, sûrement pour cette même raison.

Elle n'avait pas pu. Elle n'en avait pas trouvé la force. Donner la chair de sa chair en pâture à ses collègues scientifiques ne lui était guère concevable. Ce fut exactement la raison pour laquelle, en tant que mère et animée par le désir de lui offrir sa protection, Eirian Clydwyn avait pris la décision hautement risquée de quitter le grand complexe au sein duquel la plupart des Érudits avaient élu domicile, dans le but de lui offrir un toit sûr et loin de tous laboratoires.

Les jours se succédèrent. Eirian pouvait s'estimer chanceuse. Non seulement avait-elle retrouvé son fils, mais elle avait également cette opportunité de pouvoir mener une vie paisible en sa compagnie. Toutefois peu désireuse de l'envoyer à l'école, sous peine de le perdre à nouveau, elle endossait en plus de son statut de scientifique, le rôle d'institutrice pour le bien de son éducation.

Malgré son séjour constant à la maison qui faisait presque figure de consignation à domicile, Emrys ne pouvait s'empêcher de se risquer à se balader autour de sa modeste demeure, souvent pris par cette soudaine envie de prendre l'air.
Confortablement installé dans le coin d'un canapé, le jeune garçon semblait captivé par sa lecture, le nez plongé dans un bouquin de culture. Mais sa concentration se vit perturbée lorsqu'un bruit vint briser le calme qui régnait pourtant en maître dans la maison, Eirian étant partie à son travail officiel. A nouveau, ce même bruit se manifesta, il lui semblait que quelqu'un s'amusait à lancer des cailloux à sa fenêtre, et il ne s'était pas trompé. En jetant un coup d’œil à l'extérieur, Emrys aperçut un garçon se situant dans la même tranche d'âge que lui alors qu'il le salua d'un geste de la main lorsqu'il le vit à son tour.

▬ Désolé, ma mère est au travail en ce moment, s'excuse-t-il en ouvrant la porte.
▬ C'est pas ta mère que je viens voir, c'est toi, avoue l'inconnu avec un grand sourire étiré sur son visage. Je m'appelle Dai ! Ça fait longtemps que tu vis ici, mais je t'ai jamais vu aller plus loin qu'au bout de ton propre jardin. Alors comme je passais par là, je me suis dit que je pourrais te montrer deux/trois trucs sympas. Qu'est-ce que t'en dis ?

Perplexe, Emrys préférait garder le silence.

▬ Allez, tu verras, ça va être génial ! insistait-il.
▬ Ça me dit... Pas grand chose.
▬ OK alors qu'est-ce que tu dis de ça ? On se fait une course de vitesse, si tu gagnes je te laisse bouquiner, mais seulement si tu gagnes. On a qu'à dire... D'ici jusqu'à cet arbre là-bas ! Deal ?

Mais d'où sortait ce clown ? N'avait-il rien de mieux à faire ? Emrys soupira longuement intérieurement alors qu'il scrutait l'arbre au loin.

▬ Si je gagne, tu me laisses tranquille, c'est ça ?
▬ Yup ! Mais si je gagne, tu viens avec moi. Et je te préviens, je suis pas facile à battre, achève-t-il avec énergie.
▬ Pourquoi j'ai l'impression de me faire avoir... ? se dit-il à voix basse.

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▬ Oh, tu fais plutôt un bon coureur, j'imagine que tu l'as battu à plates-coutures ? demanda Gin.
▬ A vrai dire... Non. A l'époque je faisais plutôt figure de promeneur de santé. Je me suis littéralement fait écraser.

A ces mots, Gin étouffa un rire.

▬ Mais je me suis amélioré depuis, rétorqua Emrys. A partir de ce jour, Dai n'avait pas arrêté de venir frapper à ma porte, poursuit-il. Plus le temps filait et plus on apprenait à se connaître. Il avait toujours des idées un peu farfelues et de l'énergie à revendre.

Lentement, il posa délicatement sa main sur sa joue pour effleurer ce tatouage qui ornait l'extrême gauche de son visage, le dernier vestige de cette époque tristement révolue.

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▬ Hé ! Regarde un peu ça ! C'est classe, hein ? s'excite Dai, plus que fier de montrer à son ami ce symbole aux allures quelques peu loufoques qu'il s'était fraîchement fait tatouer.
▬ C'est quoi, t'as trouvé ta véritable vocation ? Tu comptes te faire engager dans une troupe de cirque ?
▬ Allez, sois pas jaloux ! J'en ai créé un rien que pour toi, tiens, dit-il en tendant à son ami un bout de papier sur lequel un étrange dessin figurait. Je le vois très bien là, sur ton visage, tu vois, en partant de ton front, qui passe juste sur ton œil gauche et qui se poursuit jusque-là. Oh ouais, ce serait super classe.
▬ Quoi ? Nan. Nan nan nan. Oublie, y a pas moyen que je me fasse tatouer un truc pareil.
▬ Roh allez ! J'ai une idée !
▬ Non, n'y pense même pas.
▬ J'ai encore rien dit ! s'insurgea-t-il, avant de partir dans un fou rire.
▬ Ouais ouais, t'as pas vraiment besoin de parler, t'allais encore trouver un de tes fameux marchés pour tourner la situation à ton avantage, comme cette course la première fois.
▬ Non... Absolument pas, dit-il sur un ton malicieux tout en prolongeant son premier mot.
▬ C'est pas beau de mentir.
▬ Je suis beau naturellement, alors c'est pas grave, se vante-t-il en passant une main dans ses cheveux.
▬ Pfft, enlève tes chaussures, tu vas te faire mal avec tes chevilles qui enflent.
▬ Ça va très bien, mais c'est gentil de t'en inquiéter, ironise-t-il.

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▬ Je me suis toujours demandé quelle était l'histoire de cette marque si mystérieuse, mais je n'osais pas aborder le sujet, dit Gin. Pourquoi as-tu changé d'avis ?
▬ Pourquoi ai-je changé d'avis ? répète Emrys en redressant légèrement la tête, comme si cette question l'avait quelque peu bousculé.

A vrai dire il aurait préféré éviter cette partie-là. Mais se dérober à un tel moment, après être allé aussi loin, il ne pouvait pas s'arrêter en si bon chemin. « Autant aller jusqu'au bout. » s'était-il dit en guise de motivation.

▬ Disons que l'on peut croiser des imbéciles à tout moment. Ce jour-là j'étais en ville avec Dai. Ma mère était tombée malade, c'est pour lui acheter quelques médicaments que nous étions sortis. Et puis ils sont arrivés, comme sortis de nulle part. Une bande de trois énergumènes réputés pour faire leur loi. Je l'ignorais peut-être, mais celui qui avait tout l'air d'être le meneur était une connaissance de Dai, même s'ils ne s'appréciaient pas. Toujours est-il qu'il avait l'air de prendre un malin plaisir à jouer les gros durs face à ceux qu'il considérait comme ses victimes.

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▬ Hé, mais regardez qui voilà. C'est pas souvent que tu sors de ton trou à rat toi.
▬ Fiche-nous la paix Yosuke, intervient Dai.
▬ La ferme, c'est pas à toi que je cause, balance-t-il avant de reporter son attention sur Emrys. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu t'es perdu en route ? C'est vrai que Dai est pas vraiment un très bon guide hein ? Je peux prendre la relève si ça te chante.
▬ Désolé, mais ta tête me revient pas, répond-il.
▬ Sérieux Yosuke, grandis un peu. T'en as pas marre de jouer les racailles ?
▬ Je t'ai dit de la fermer ! s'emporte-t-il avant que son poing ne soit subitement arrêté par Emrys.
▬ Je sais pas ce que tu cherches à prouver en agissant de la sorte, mais je crois pas que tu tiennes à déclencher une bagarre publique en plein centre-ville.
▬ Oh toi... ! poursuit-il dans sa frénésie, attrapant sa victime initiale par le col de la chemise, avant de finalement laisser place à la surprise. Merde, c'est pas vrai... Une vermine comme toi ?! s'exclame-t-il enfin à la vue de cette marque si connue, à la fois si convoitée et rejetée. Putain c'est pas possible.
▬ T'as rien vu, c'est clair ? s'interpose à nouveau Dai en lui faisant lâcher prise. Maintenant si tu tiens à garder ta langue il serait peut-être mieux que tu débarrasses le plancher.

Il resta pourtant figé là, comme encore secoué par une telle découverte, pendant des secondes qui parurent interminables. L'un de ses camarades le sortit soudainement de son état de choc, le poussant à partir, tandis que Dai et Emrys s'empressèrent de prendre la direction opposée.

▬ Vite, on n'a pas beaucoup de temps.
▬ Comment ça ?
▬ Il a vu ta marque ! Ce ver de terre est pourri jusqu'à l'os, il va pas se gêner pour l'annoncer à qui veut l'entendre s'il n'est pas déjà en train de le crier sur tous les toits. Tu dois quitter la ville, Emrys.
▬ Et ma mère dans tout ça ?
▬ On va la chercher justement, mais on doit se dépêcher.

Pressant le pas, les deux amis entrèrent dans la maison des Clydwyn en toute précipitation, un élan toutefois interrompu lorsqu'ils se retrouvèrent face à des hommes qui semblaient faire partie des forces de l'ordre. Au beau milieu se tenait un autre individu tout vêtu de blanc, les mains posées dans son dos, ils n'avaient pas perdu de temps.

▬ Papa... ! s'étonne Dai.
▬ Cet homme est ton père ? Mais... Tu m'avais dit qu'il était pharmacien.
▬ Je... Je suis désolé Emrys, j'ai pensé que tu n'aurais pas voulu de moi si je t'avais dit la vérité sur lui, se justifie-t-il.
▬ Dai, mon cher fils, commence son paternel en s'avançant de quelques pas, il me semble pourtant que l'on t'a déjà dit qu'il n'est pas beau de mentir. Surtout pas à ses parents. Tu ne m'avais pas dit que ton ami ici présent était si précieux.
▬ Emrys !

La voix de sa mère se manifesta enfin derrière deux agents qui semblaient lui bloquer le passage, de façon à laisser le champ libre à ce scientifique qui tendit la main vers le jeune homme alors que celui-ci se déroba vivement. Peu encline à se laisser faire, Eirian força ce barrage pour brutalement écarter cet Érudit avec qui elle avait autrefois travaillé en binôme, lui interdisant de poser ne serait-ce qu'un doigt sur son fils. Il n'eut cependant aucun mal à la repousser, ce qui ne l'empêchait pas de revenir à la charge malgré les tentatives désespérées des policiers pour la maintenir.

▬ Celle-là commence sérieusement à devenir trop gênante, dit-il tout en dégainant le revolver dissimulé sous sa longue blouse blanche depuis le début, tendant le bras pour la mettre dans sa ligne de mire.
▬ Papa, fais pas ça ! Non ! intervient Dai en se précipitant devant lui.

Trop tard. Le coup était parti. Peu à peu, Dai sentait son cœur battre violemment en lui, alors que le sang qui s'écoulait de la blessure s'égouttait lentement sur le plancher, devant un père qui ne revenait toujours pas de la tournure que prenait la situation. Il lui semblait que le temps s'était soudainement arrêté, que le monde autour d'eux s'était effacé pour ne laisser place qu'à lui et cet enfant, son enfant que la vie était sur le point d'abandonner.

▬ Dai... Dai ! Non, me fais pas ça. Tu peux pas. Tu peux pas. DAI ! articule-t-il de sa voix cassée, étreignant le corps inerte de son fils, se berçant d'avant en arrière en espérant trouver un peu de réconfort, une gestuelle si naturelle et pourtant si futile, car les morts ne reviennent pas à la vie.

Pourtant, même s'il aurait préféré pleurer la mort de son fils plus longtemps, il dût rapidement reprendre ses esprits. Maintenant immobile, l’Érudit marmonnait dans sa barbe, mangeait ses mots jusqu'au moment où il se redressa sur ses genoux, fusillant Emrys du regard, de cet air empli de haine et de mépris, des yeux qui ne demandaient qu'une chose : vengeance.

▬ Toi. Tout ça... Tout ça c'est de ta faute. Regarde... Ce que tu m'as fait faire ! Regarde ce que tu m'as fait faire !!
▬ Emrys... Cours ! Cours, va-t'en ! lui hurle sa mère toutefois interrompue par son ancien collègue qui la fait taire d'un coup de poing au ventre, avant de se lancer à la poursuite de cet enfant maudit.

Ce dernier se précipita vers la porte-arrière mais se rabattit vivement sur une autre issue lorsqu'il constata qu'un agent lui bloquait la route. Renversant tout ce qu'il croisait sur son passage afin de ralentir ses poursuivants, Emrys ouvrit une fenêtre pour se glisser à l'extérieur de la demeure. En rage, le scientifique ne perdait pas la cadence et attrapa sa proie par le pied pour tenter de la ramener à l'intérieur, profitant également de l'occasion pour lui planter un scalpel dans la jambe pour diminuer ses déplacements. D'un coup de pied au visage, Emrys se dégagea de son emprise et tomba lourdement au sol avant de se redresser pour reprendre sa course effrénée en se forçant à solliciter sa jambe blessée.
Courir, courir encore et toujours plus loin. Désormais tel serait le rythme de sa vie, celui d'un fugitif forcé de dormir d'un unique œil, la garde en constant éveil, de peur de se réveiller avec un couteau sous la gorge ou pire encore. Il n'y avait pas de répit pour les gens de son espèce.

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▬ Je n'ai pas revu ma mère depuis ce jour. Cet incident m'aura fait comprendre combien le poids de cette marque souvent qualifiée de maudite est lourd à porter, dit-il en posant délicatement la main sur sa clavicule.
▬ Mais tu n'es pas encore au bout de tes peines. Tu vas encore changer Emrys. Et quand ça arrivera, promets-moi que tu ne rejetteras pas ce Fragment, peu importe ce qu'il t'a fait subir jusqu'ici. Il fait partie de toi, ne l'abandonne pas.

Telle une réminiscence, les mots de Gin résonnèrent dans la tête du jeune homme alors qu'il se souvenait d'elle encore une fois, elle qui lui avait fait promettre exactement la même chose. Sa mère qui ne voulait guère voir son fils rejoindre les rangs des Réprouvés, l'avait supplié de ne pas rejeter ce cadeau des Cieux. Il ne s'imaginait pas à quel point garder cette promesse intacte serait difficile, mais il avait acquiescé.
Les yeux rivés sur son mentor, Emrys laissa un léger rire nerveux lui échapper alors qu'il prenait de nouveau appuis contre le mur.

▬ C'est drôle, toute ma vie est immortalisée dans ces deux symboles. Celle-ci qui représente mon destin, comme certains se plairaient à le dire, dit-il en désignant la marque des Enfants des Cieux, et celle-ci... Qui arbore cette fierté d'avoir pu rencontrer quelqu'un comme Dai. C'est pour lui que j'ai changé d'avis. En acceptant ce que j'avais autrefois refusé. Ce n'est pas si mal au final. Il avait raison.

Gin se sentait quelque peu victorieux malgré cette balle qui lui avait pourri la soirée. Emrys avait finalement daigné parler de lui, après tout ce temps, toutes ces années sans avoir ne serait-ce qu'une once d'idée de ce qu'il avait pu traverser jusqu'ici. Ce monde était à la fois si merveilleux et doté d'une cruauté sans pareille, il n'était déjà pas aisé d'y vivre en tant qu'être humain lambda, alors il n'osait guère imaginer le calvaire des Enfants des Cieux, ni celui des Réprouvés. Oh oui, ce monde si cruel d'où personne ne pouvait s'évader. Ce monde si cruel qui se complaisait dans la fourberie mesquine couplée à la trahison infidèle.

▬ Des traces de sang. Là ! Ils sont là-dedans les gars ! crie une voix derrière la porte.
▬ Merde, ils nous ont retrouvé.

Emrys se redressa sur ses jambes alors que la porte finit par voler en éclat, laissant entrer un premier homme armé d'un pistolet. Malgré sa convalescence, Gin se rua sur son opposant et fit virevolter son arme à travers la fenêtre. Manœuvre qui ne l'empêcha pas pour autant de le repousser sans difficulté à l'aide d'un coup de coude, qui le fit reculer de quelques pas sur ce plancher de bois grinçant à chaque mouvement. La brutalité du geste couplé au poids de l'homme fit céder les plaques, entraînant Gin dans une chute certaine. C'était sans compter sur Emrys qui s'empressa de le maintenir dans les airs en attrapant fermement son poignet. Mais leur opposant en avait à revendre et n'ayant nullement l'intention de leur laisser un moment de répit, il s'arma d'un couteau et s'apprêta à poignarder le jeune homme dans le dos. Mais sa lame ne transperça rien d'autre que le bois, Gin s'étant efforcé de tirer son compagnon vers lui, l'entraînant inévitablement dans sa chute jusqu'au rez-de-chaussée.

▬ Tss, en bas ! prévint-il ses camarades.

Sous les quelques gravats qui les avaient accompagnés dans leur chute, Emrys se redressa sur ses coudes, pris d'une soudaine quinte de toux liée à toute la poussière filtrée dans l'air.

▬ Bordel de... Argh !

Au sol, Gin tenta difficilement de se relever ne serait-ce que pour s'asseoir, avec cette plaie de nouveau ouverte. Emrys n'eut guère le temps d'aller à sa rencontre qu'il se sentit tiré en arrière avant d'être finalement plaqué au sol, face contre terre et un genou dans le dos, l'empêchant ainsi de se redresser.

▬ Tu croyais aller où comme ça ?
▬ Du calme, du calme, ça ne sert à rien de lui mettre un couteau sous la gorge, dit une voix horriblement familière pour Gin.
▬ Merde, Giro... Qu'est-ce que tu fous là ?

D'un simple coup d'oeil, Emrys n'eut aucun mal à reconnaître le visage de cet homme. Celui-là-même qui s'était mis en tête de le livrer aux Érudits il y a quelques années de cela. Que Diable cherchait-il aujourd'hui ?

▬ Oh, rien de bien spécial, je m'occupe de ce qui me regarde. Tu sais, les trafics en tout genre etc. La routine quoi. En général j'aime pas fourrer mon nez dans les affaires d'autrui mais disons qu'aujourd'hui est une exception, hm ?
▬ Arrête de tourner autour du pot.
▬ Ah, droit au but, n'est-ce pas ? Très bien alors. L'Enfant des Cieux que tu traînes avec toi, voilà ce que je veux. Je pourrai très bien te le prendre de force, vu ton état actuel tu serais pas vraiment en mesure de riposter mais... Je suis d'humeur sympathique en cette si belle nuit. Alors voilà ce que je te propose, tu me laisses l'Enfant des Cieux, et en échange... se garde-t-il d'achever sa phrase, il se contenta de faire signe à l'un de ses hommes qui lui-même s'avança avant de déposer un sac dans lequel reposait une somme d'argent conséquente. Alors ? C'est une proposition plutôt honnête non ?

Gin contemplait fixement le sac tout en gardant le silence, avant de revenir sur l'homme qui se tenait en face de lui, il se remit tant bien que mal sur ses deux jambes.

▬ Il est où le piège ?
▬ Oh quand même, pour une fois tu pourrais me faire confiance. C'est un marché en toute honnêteté et dans nos règles qui plus est. Tout cet argent est à toi, et je sais parfaitement que tu en as besoin, et que tu ferais n'importe quoi pour ça, à condition que tu nous le laisses.

Une, deux, cinq, huit, les secondes se prolongeaient. Gin hésitait pendant qu'Emrys sentait un sentiment de stress l'envahir. Sentiment qui se seconda d'un frisson qui lui parcourut l'échine lorsqu'il entendit son mentor adhérer à un tel échange. Un frisson qui ne tarda pas à laisser place à un sentiment de colère. Après tout ce qu'ils avaient traversé. Après toutes ces confessions. Était-ce là le fruit de tout ce qu'ils avaient bâti ensemble ? L'interpellant avec mépris, Emrys dû se résoudre rapidement au fait qu'il était seul. Sûrement qu'il l'avait toujours été en réalité.

▬ Je suis vraiment désolé Emrys... Essaie de comprendre, tente-t-il lamentablement de se justifier.

Mais il n'avait pas dit son dernier mot, bien décidé à ne pas se laisser faire. Alors même qu'on l'obligeait à se redresser, le captif en profita pour jeter de la poussière de gravats aux yeux de cet homme de main, avant de se précipiter vers la sortie la plus proche mais surtout pour se mettre à l'abri de la pluie de balles qui s'abattait lourdement sur lui.

▬ Arrêtez ! Cessez le feu ! Imbéciles ! Il nous le faut vivant ! Vi-vant !

♚-----------------------------------------------------------------------------------------------♚

▬ Il t'a sacrément bien eu sur ce coup-là, fait remarquer Eri tout en avalant une gorgée de sa bière fraîchement servie. Et alors, cet argent, tu l'as eu au final ?
▬ Tu t'imagines bien que non, puisqu'il a filé.
▬ Ah mon pauvre. Il y a toujours un truc qui fait que tout va mal pour toi.

Il écrase machinalement son mégot dans le cendrier.

▬ Tu m'en diras tant, dit-il tout en s'allumant une nouvelle cigarette.

P I T C H ♚ B L A C K

Aux abords de la ville, au cœur des vestiges d'une gare désormais laissée à l'abandon, Emrys s'avançait lentement sur le quai, à travers le vent glacial qui s'élevait au même titre qu'une pluie torrentielle. L'ambiance y était telle que les lieux semblaient être en peine, faisant difficilement le deuil de cet âge d'or, cette si belle époque durant laquelle une foule d'individus affluait chaque jour pour y prendre le train, et non pas pour y trouver un toit en dernier recours. Une réalité si regrettable qui contribuait pourtant au confort des plus infortunés. Un abri pour certains, un territoire pour d'autres. Cette aura hostile qui s'en dégageait poussait le jeune homme à continuer sa route, en dépit d'une fatigue pesant lourdement sur ses épaules. Combien de temps cela faisait-il qu'il n'avait pas fermé l’œil ? Il n'en savait rien. Toute notion temporelle lui était totalement inconnue. Quel jour était-il ? Quelle heure était-il ? Pas la moindre idée ne lui traversait l'esprit.

Contemplant sa propre image renvoyée à travers les fragments d'un miroir brisé, Emrys fut forcé de constater les dégâts de sa propre condition. La douleur physique s'en était allée, ou plus exactement, elle s'était considérablement atténuée. Mais il lui semblait que son âme meurtrie hurlait à lui arracher les poumons, alors qu'il n'y a que quelques jours à peine, son corps l'avait obligé à se tordre de douleur.

Il se souvenait encore de ce sentiment de brûlure qui partait de sa marque d'élu jusqu'à sa gorge. Il se souvenait encore de cette cruelle oppression qui lui tordait les os et lui broyait les boyaux, si bien qu'il en avait craché son propre sang. Ce même liquide qui coulait à grande vitesse à travers ses veines, alimentant son cœur d'une quantité d'hémoglobine si importante qu'il en aurait presque explosé. Une chaîne d'actions qui rendait sa respiration suffocante et instable, alors qu'il suppliait voire priait pour une simple bouffée d'air. Des heures de calvaire infernales qui lui parurent interminables jusqu'au moment où il perdit finalement connaissance.

Un éveil n'est jamais de tout repos.

♚-----------------------------------------------------------------------------------------------♚

Eri pose brutalement son verre sur le comptoir, comme satisfaite de cette soirée si enrichissante et s'étire de tout son long avant de se redresser sur sa chaise.

▬ Bien ! C'était pas difficile tu vois. Quoique avec cette vilaine trahison, je comprends que tu aies un peu honte quand même, dit-elle, visiblement contente de remuer le couteau dans la plaie.
▬ Bon, tu comptes m'aider oui ou non ?
▬ Bien sûr, je te l'ai déjà dit. Mais j'ai une petite affaire à régler avant alors je te laisse. On discutera d'une compensation une autre fois mon cher, achève-t-elle avant de quitter le bar après un geste de la main.

Une fois dehors, la jeune femme sort son téléphone portable pour y composer un numéro.

▬ Oui mon grand, c'est moi. J'ai là quelques informations qui pourraient très bien ravir ce petit être grincheux que tu es depuis quelques jours. Je sais combien tu aimes faire de l'exercice et j'ai exactement ce qu'il te faut. Pas de précipitation, tu ne seras pas tout seul sur ce coup-là. Prépare-toi à te mettre au boulot, c'est pas tous les jours qu'une piste pareille se présente, achève-telle avant de raccrocher.

« Ah mon pauvre Gin, toujours aussi crédule » pense-t-elle tout en prenant place sur son fidèle deux-roues avant de mettre le contact, faisant rugir la machine d'un grognement mécanique. Un grondement qui s'intensifie et tambourine les murs de la ruelle alors que la jeune femme fait chauffer ses pneus avant de se lancer vers sa nouvelle destination.

La chasse est ouverte.


∆ You're so badass

Face au soleil il fait demi-tour, face à la lune il se lève. Chacun de ses pas s'enfonce dans cet amas de flocons de neige avant d'arriver au bord du lac. Une étendue d'eau figée dans le temps, une vaste patinoire qui lui renvoie sa propre image alors qu'il plonge son regard dans celui de son reflet, ces yeux d'ordinaire argentés virant parfois vers un bleu métal. Ces mêmes yeux forcés de voir le monde avec méfiance alors qu'ils aimeraient pouvoir s'émerveiller face à une beauté malheureusement asservie par de nombreux déboires.

Le vent se lève et s'emmêle dans ses cheveux fins qui arborent eux-mêmes à la fois cette couleur de glace, celle de ces micro-cristaux et de cette majestueuse astre lunaire. Se sentant ainsi comme lié avec elle, Emrys rabat la capuche de son long manteau noir de jais et se laisse lourdement tomber dans la neige, pour profiter de ce moment qui n'appartient qu'à lui. Mais si sa chevelure se perd dans cet immense océan immaculé, sa silhouette en revanche s'y dessine parfaitement, lui-même ayant une nette préférence pour des vêtements de sombre valeur. L'idéal pour se camoufler et ne faire qu'un avec les Ténèbres de la nuit.

Les yeux rivés sur ce disque qui se plait à surplomber Kodoku pour la énième fois, Emrys tend le bras vers ce ciel nocturne qui a ce don unique de l'apaiser, plongeant ainsi l'extrême gauche de son visage dans l'ombre, ici-même où une marque s'écoule de son front jusqu'à sa mâchoire. Un tatouage rougeâtre orné d'une étoile qui se poursuit à travers son œil pour se prolonger jusqu'à ses fines lèvres.

C'est en se redressant, du haut de ses cent soixante-quatorze centimètres, qu'il découvre un sentier en parti épargné par cette épaisse couverture de flocons, alors qu'une bourrasque se lève soudainement, soulevant ainsi son manteau à capuche et révélant par la même occasion un style vestimentaire parfaitement correct, pour quelqu'un qui ne peut pourtant guère se vanter d'avoir énormément d'argent. C'est qu'il tient tout de même à rester présentable, en dépit du fait qu'il n'ait pas non plus un large choix de vêtements mais cela lui convient très bien.

Mais bien sûr, il est certaines choses qu'il est préférable de dissimuler, telle que cette marque de naissance indiquant ostensiblement sa condition d'Enfant des Cieux. Une marque qui repose au beau milieu de sa clavicule gauche plus précisément, l'une des raisons pour lesquelles Emrys privilégie souvent les cols. Néanmoins jamais trop prudent, il prend également le soin de cacher cette marque derrière un pansement, afin d'éviter de quelconques problèmes comme ce fut souvent le cas par le passé.
Comme l'eau qui dort ► Sur ce visage parfois stoïque et indifférent se lit également un calme quasi imperturbable, faisant honneur à un esprit posé et réfléchi. Emrys a beau jouer les taciturnes, il tournera sa langue sept fois dans sa bouche avant de dire quoi que ce soit, car il n'est jamais bon de foncer tête baissée dans le tas. Mais si le silence est d'or, retenez bien que cela ne l'empêche aucunement d'observer ce qui l'entoure. « Silencieux mais pas aveugle » dira-t-on. Vous pensiez que parce qu'il ne regardait pas, il n'écoutait pas ? Alors vous vous trompiez, assurément.
Ajoutez à ceci une patience relativement indulgente ainsi que la faculté de pouvoir garder son sang-froid dans la plupart des cas, lui permettant ainsi de se sortir de bon nombre de situations envenimées. Aussi bien des conflits anodins que certains autres moments où il est question de survie, lui qui a pour habitude de vivre sous ce gigantesque toit universel qu'est le ciel.

Doppelgänger dans l'âme ► Pour des raisons que peu pourront se vanter de comprendre -car il ne parle que très peu de lui et n'exprime qu'occasionnellement ses propres pensées-, il est difficile de prévoir les agissements de ce jeune homme, autant que de savoir à l'avance ce qu'il vous répondra, avec cette graine d'imprévisibilité cultivée en lui. Un trait de caractère à double-tranchant, une qualité comme un défaut né de son propre vécu, ayant autrefois fait l'erreur d'accorder sa confiance à ceux qui ne le méritaient guère. Inutile de préciser qu'il est désormais telle une forteresse impénétrable, avec pour gardien des portes une méfiance impitoyable qui aura tôt fait de repousser tous ceux qu'Emrys juge suspicieux. C'est-à-dire une bonne partie de la population globale, il n'y a qu'envers ses frères et sœurs, ceux portant la même marque que lui, qu'il daigne se montrer un tantinet plus coopératif, bien que rien ne soit gagné d'avance.

Au pied du mur ► « Mieux vaut être seul que mal accompagné » est une règle d'or pour Emrys qui accorde une place de choix à cette solitude qui n'a de cesse de lui coller à la peau. Bien qu'il soit évidemment incapable de porter tout le poids du monde sur ses épaules, ce n'est pas pour autant qu'il sollicitera une quelconque aide. La fierté n'a rien à voir là-dedans. Ce n'est qu'une simple question d'indépendance, parce qu'il aura appris par le passé que bien souvent, on est jamais mieux servis que par soi-même. Une raison qui l'aura poussé à se débrouiller seul lors de nombreuses fois.

Au-delà de l'infranchissable ► Froid et distant sont peut-être les mots qui vous viendront à l'esprit au premier abord, car il faut le dire, Emrys n'est que très difficilement sensible à de quelconques marques d'affection. Il ne fait pas dans le sentimental. Même si en réalité, il n'a pas un mauvais fond, il ne cherche qu'à se protéger face à la cruauté de ce monde sans pitié pour les porteurs de la marque des Cieux. Souriant, aimable et serviable. Tel aurait été ses principaux traits de caractère s'il n'avait pas vu le jour avec ce cadeau ambigu. Mais la vie en aura décidé autrement, et ces trois qualités ne daignent se manifester qu'en face de ceux en qui Emrys a un minimum confiance. Autant vous dire que gagner un tel privilège n'est pas chose aisée.

Corridor mortuaire ► Un travail occasionnel pas toujours honorable, ou pour se procurer quelques vivres, ce sont là les deux seules raisons pour lesquelles Emrys se risque à s'aventurer en ville. Sa préférence allant inévitablement vers des lieux plus calmes et généralement déserts, qui n'accueillent d'autres individus que de manière irrégulière si ce n'est rarement. Cela va sans dire que son coup de cœur se trouve être un lieu sinistre qui constitue le terrain résidentiel de nombreux défunts, à savoir le cimetière. Même si son cœur bat encore indéfiniment il n'y a, dans son cas, pas meilleur endroit pour se sentir plus vivant qu'au beau milieu de pierres tombales. Il ne se l'explique pas. Ou sans doute est-il quelque peu envieux envers ceux qui ont finalement trouvé le repos. S'arrêter une bonne fois pour toute, passer de l'autre côté en laissant ses soucis quotidiens et sa condition d'enfant maudit derrière lui. Oui ce genre de pensées trottent souvent dans la tête d'Emrys qui, toutefois, ne peut se résoudre à mettre lui-même fin à ses jours ou à rejeter son Fragment. Homme de principes, il respecte la Mort et considère le suicide comme une insulte envers celle-ci. On ne force pas la main de la Faucheuse.

Une façon de penser, certes, sombre mais qui lui aura permis d'acquérir une certaine force d'esprit, lui forgeant ainsi un mental d'acier, afin de faire face aux obstacles les plus rudes qui se présenteront dans un futur proche ou lointain... Jusqu'au jour où il trouvera lui aussi ce repos tant désiré.


∆ & toi, t'es qui ?

●● Ton peuseudo : Zahn
●● Âge : Dix-houit ans
●● Zelda ou Link ? Zelda, pft
●● Comment tu nous as trouvés ? C'est la propagande de Kana sur Skype, walawala. *A*
●● Des suggestions ? Nupe
●● Le mot de la fin, alay ! Préparez-vous à la domination du monde par les Pockys, oyeah.



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Setsuna Akayuki





&& ::
●● Métier: Etudiante en musique.
●● Âge du personnage : 19 ans.
●● Relationships :
MessageSujet: Re: Emrys ▬ « You can run but you can't hide »   Lun 29 Sep - 17:47


Seigneur Dieu


●● Enfin ! Elle est enfin finie @_@. J'en pouvais plus depuis que j'ai lu l'histoire et godamnshit, je suis tombée amoureuse de ce personnage *^*. Je trouve rien à redire ! Ton histoire est juste nkejzgerg. Et limite j'regrette qu'y ait pas eu plus de mots. J'adore la façon dont t'as mis en scène son expérience avec les Erudits, c'qu'il en a tiré comme expériences, etc. Il a l'air vachement profond comme personnage. J'adore ! Alors on va pas tortiller du cul pour chier droit, ça va de soi que je te valide. ♥

●● Tu peux dès maintenant aller ouvrir ta fiche de liens, faire une demande de logement (mais t'es pas obligé) et même faire une demande de RPs, ou en ouvrir un directement.

Avec tout l'admiration de Setsuna. Enfin... Pas trop. J'te donne un Pocky.



Why kodoku na sora wo miageru no ? Why waratte misete yo ? Kotoba ni suru no ga heta na, anata no
seikaku wakaru kara.

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Emrys ▬ « You can run but you can't hide »

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